André LESORT et Elisabeth LESORT née MADELIN vers 1930

André LESORT et Elisabeth LESORT née MADELIN vers 1930
Elisabeth née MADELIN et André LESORT en 1930 et 1934 ; leurs neuf enfants en 1929 devant La Pichardière ; avec leurs petits-enfants, noces d'or en 1956.

Bienvenue

Bienvenue sur notre blog familial Lesort-Madelin ouvert le 24 février 2010, jour anniversaire du mariage de nos grand-parents Lesort-Madelin en 1906.
Ce blog a été créé pour permettre la publication des archives familiales patiemment rassemblées et classées par notre grand-père André Lesort lui même puis par notre oncle Paul-André Lesort.
Nous publions régulièrement sur ce blog des extraits de ces archives qui nous paraissent intéressants, significatifs, cocasses ou émouvants.
Ce blog sert également de lien dans la durée entre les plus de 430 cousins et neveux que nous sommes, il permet donc de suivre l'actualité familiale dont vous voudrez bien nous faire part ou de partager votre connaissance de notre histoire familiale :
envoyez nous vos avis, faire-parts, photos, documents, histoires familiales à l'adresse lesortmadelin@gmail.com ; nous en publions régulièrement sur ce blog.
Ce blog étant d'accès publique nous sommes toujours heureux de recevoir également toutes les contributions documentaires extérieures concernant notre famille ainsi que d'apporter nous-mêmes notre propre contribution à d'autres sites ou publications. Même adresse mail: lesortmadelin@gmail.com

Les nombreux articles parus ou encore à paraître sur notre blog, 320 au total, sont publiés au fur et à mesure sous forme de livres intitulés Famille Lesort-Madelin La Saga dont le tome VII est paru en novembre 2021, le tomes VIII en 2022 et une réédition du tome I en 2023 augmenté de plus de 100 pages d'articles publiés sur notre blog.



jeudi 28 juin 2012

10 juin 1984 - Une grande fête familiale au Prieuré Saint Germain.

Pour nous, oncle Gonzague Lesort  a extrait  de ses souvenirs le récit, intitulé "la fête", où il raconte  la préparation et le déroulement de la fameuse journée du 10 juin 1984.
Celle-là même qui a laissé à tous les participants le souvenir unique, comme dans un rêve, d'une journée exceptionnelle de  fête familiale animée, conviviale, chaleureuse et remarquablement bien organisée par nos oncles et tantes.
Tous les enfants  en étaient revenus tellement enthousiasmés qu'ils croyaient que cette journée avait été organisée spécialement pour eux et en parlaient encore des années plus tard comme de la "fête des enfants".
Il est vrai que les attractions ne manquaient pas et que leur formation scoute faisaient de nos oncles et tantes des animateurs hors pair !
                                                                                                                                                      
Mais laissons oncle Gonzague évoquer cette journée d'anthologie :      

                                             
                                                      LA FÊTE


Au début de 1984, Xavier m'avait alors dit qu'avec son épouse ils envisageraient de fêter leur 40ème anniversaire de mariage, en même temps que les Chamussy feraient leurs noces d'or. Et - non pas les noces d'or, du fait du départ de Jean - mais le 50ème anniversaire du mariage Dhavernas. Et nous avions alors envisagé de mettre pour ce faire à leur disposition Le Prieuré.
C'était ainsi, et aussi, l'occasion de réunir tous les descendants d'André et Elizabeth Lesort.
Xavier avait tenu à préciser qu'il ne s'agissait que de "nous demander exclusivement l'herbe de votre vaste prairie... que nous ne mangerons même pas, mais qu'évidemment nous piétinerons quelque peu ... Ce sera formidable de pouvoir tous se retrouver de la sorte ..."
Au mois de mars, une circulaire, intitulée "QUINQUAGÉNAIRES ET QUADRAGÉNAIRES" adressée par les héros de cette fête à toute(s) la (les) familles, disait que "Gonzague et Maggy, consultés avaient accueilli avec enthousiasme l'idée qu'une telle rencontre puisse trouver le site approprié dans les prairies de leur prieuré normand ...Enfants, frères et soeurs, neveux, nièces, vous êtes conviés à cette rencontre qui se tiendra le 10 juin prochain, dimanche de la Pentecôte (pas de difficultés dès lors pour rentrer à Paris le soir) à Saint Germain La Campagne, autour d'un buffet campagnard".
Un deuxième communiqué, accompagné d'une carte, précisa les itinéraires et les horaires, et donnait quelques conseils : attention à la mare, attention à la sortie sur la route et concluait : "les talons hauts s'accomoderaient mal du sol des prairies... des bottes de caoutchouc pourraient devenir utiles". Mes frère et soeurs, organisateurs de la fête vinrent plusieurs fois dans la région pour commander le repas, prévoir une tente, organiser leur logement...
"La Fête" comme l'appelèrent tous ceux qui y vinrent, fut en effet formidable.
D'abord, malgré de fortes craintes, le temps de ce dimanche de Pentecôte en Normandie fut magnifique.
Au fur et à mesure de leurs arrivées, les voitures étaient parquées au fond de la prairie, face au talus qui borde la route. A chaque arrivant, Chantal, installée à une table sous un pommier, remettait un carton fixable par une épingle et portant ses nom et prénom, ainsi qu'un foulard de couleur, une couleur par branche.
Ce sont plus de 130 personnes qui participèrent à cette fête.
Paul-André avait affiché sur le grillage devant la maison un tableau généalogique de nos aïeux, ainsi que quelques grandes photos (un peu jaunies) de certains de ceux-ci.
Un autel avait été installé sur le perron à l'arrière de la maison. Un prêtre ami (le Père Chauvet, ami de Xavier et Cici) y dit la messe, Nancy (la femme de Denis Chamussy) qui aime faire chanter, dirigea les choeurs. Un bon repas fut servi sous la grande tente qu'une entreprise avait installée à droite de l'allée centrale. Des toasts furent prononcés.
Puis Cici (Xavier) fit un spectacle de marionnettes pour les plus petits. Les aînés des petits enfants des ménages fêtés présentèrent un spectable sur le thème des Schtroumpfs, d'autant plus remarquable que tout avait été préalablement monté uniquement au téléphone par Catherine Chamussy...
Il y eut des jeux, dont un jeu mexicain (la Pignata) qui consiste à faire crever un sac de friandises, accroché entre deux arbres, par des joueurs aux yeux bandés et munis de bâtons. En fin de journée, un grand lâché de ballons, avec un concours au ballon parvenu le plus loin...
"HEU-REUX !" Oui, tout le monde fut heureux au long de cette belle journée familiale : "LA FETE"

Photos des activités (Cliquer sur les photos pour agrandir)
                                                                                                                                     
Danse mexicaine
La messe
Le service d'identification

                                           Le guignol de tante Cici Lesort

 

               Les schtroumpfs de Catherine Chenu                                Colin-maillard



                                                                                                   La course en sac (minimes)


       La pignata de Marie Chamussy-Rodriguez
                    
Le grand lâcher de ballons


Bye Bye !


2 juin 2012. Notre cousin Nicolas Lesort se marie.



Nous adressons tous nos voeux de bonheur à Marie-Laure et Nicolas qui nous a lui-même joyeusement commenté son mariage:

"Une journée exceptionnelle parmi les plus exceptionnelles !
La météo était de notre côté, un cadeau du ciel qui nous a gratifié de l'unique belle journée, idéale pour un mariage. Soleil, mais pas trop pour supporter la robe de mariée et le costume, ciel bleu pour les invités et le photographe qui s'en est donné à cœur-joie. Une belle nuit claire pour le lâché des quarante lanternes chinoises qui se sont envolées vers 23h00 dans un tonnerre d'applaudissements et accompagnées de valses de J. Strauss.
Nous avions la chance d'avoir Maman et Papa ainsi que le Papa de Marie-Laure à nos côtés et ce fut très émouvant. Un excellent repas et une soirée magnifique. Bref, pas une ombre au tableau, et des souvenirs plein la tête...
Tout était donc parfait, surtout Marie-Laure qui était encore plus belle que je n'aurai jamais oser l'imaginer..."


Nous avons sélectionné quelques photos du mariage ci-dessous mais pour accéder à l'album web de Nicolas cliquer sur le lien : https://picasaweb.google.com/116368427165690367012/PicassaBlogLesort?authuser=0&authkey=Gv1sRgCJelhbmQm7K2wgE&feat=directlink







vendredi 25 mai 2012

Décembre 1870, notre arrière grand-père Amédée Madelin raconte sa prise en otage par les prussiens.

Déportés par les prussiens


Notre grand-mère Elizabeth nous a rapporté dans ses souvenirs sur sa famille tome I (blog mai 2011) que son père Amédée Madelin fut arrêté comme otage par les prussiens pour être déporté en Silésie, extrait : 

"... on parlait chez nous avec une douleur mêlée de fierté, et aussi d’horreur de la guerre de 1870 que mes parents ont vue de bien près puisque papa était procureur impérial à Neufchâteau, quand la guerre fut déclarée.
Mes parents avaient alors quatre jeunes enfants et attendaient le cinquième au cours de l’année terrible.
Or, en janvier, par un froid resté historique, mon père fut arrêté comme otage par les Allemands, et emmené à la prison de Nancy. Il était simplement question de l’expédier en Silésie ! 
Maman, voyant partir mon père, partit elle-même à Nancy avec ses quatre bébés et une bonne (allemande !) afin de suivre de près les décisions que nos ennemis prendraient au sujet du cher prisonnier. Une fois qu’elle le sut condamné à la captivité silésienne, elle se mit en mesure de le suivre, là encore et après beaucoup de démarches en obtint la grâce.
Il ne pouvait être question d’emmener les enfants, par exemple ! La famille de mon père, chez laquelle on a toujours trouvé beaucoup de dévouement, se les partagea. 
La bonne et coûteuse couturière de Nancy qui habillait maman en temps de paix, accepta de faire à ma mère une robe très confortable et pratique en ne demandant que vingt-cinq francs de façon en raison des circonstances (la description de cette robe m’a toujours fait horreur, car il est bien certain que pour moi elle était très démodée).
Monsieur Beaudelot, le cher et bon ami de mon père, avait demandé au gouvernement allemand de partir en Silésie à sa place. Puis on put vers cette époque faire des échanges de prisonniers entre les deux pays ennemis. Je crois que c’est ainsi que mon père fut libéré et qu’au lieu de naître en Silésie, Louis naquit à Neufchâteau en mai 1871 en pleine occupation allemande."




Amédée Madelin lui-même a écrit le récit de son angoissante aventure dans un cahier détenu aujourd'hui par la branche René Madelin où il a été retranscrit et que nous avons  le plaisir de découvrir grâce à Xavier Madelin, petit fils de René Madelin, qui nous l'a transmis et que nous remercions ici.
Voici le début de son récit :



"Le dimanche 4 décembre 1870, entre 9h et 10h du matin, je me disposais à sortir de chez moi lorsqu’on m’avertit qu’un officier allemand que je venais de voir entrer se disposait à me parler. Je me rendis sans défiance dans une pièce du rez-de-chaussée où il avait été introduit, persuadé qu'il s’agissait de pourvoir à son logement, ce qui était alors, hélas ! une incidence trop habituelle. Je lui ai posé même la question en l’abordant. Cet officier me répondit avec un certain embarras qu'il avait une mission pénible à remplir et sans autre préambule me déclara que j’étais son prisonnier..."

pour lire la suite du récit cliquez ici 

Deux soeurs Lesort vers 1987.



De gauche à droite : tante Chantal Chamussy, tante Wilhelmine et oncle Claude Sibertin-Blanc



Catherine Chenu nous a envoyé cette bonne photo avec le commentaire suivant :

"Cette photo doit dater de 1987 ou 1988 . Papa et Maman qui faisaient chaque année en septembre une cure à Gréoux-les-Bains , et quelque fois aussi avec tante Marie-Geneviève Dhavernas, passaient toujours une journée avec tante Wilhelmine et oncle Claude Sibertin-Blanc .
Ils aimaient beaucoup ces rencontres et ils avaient souhaité en maintenir la tradition avec oncle Claude après la mort de tante Wilhelmine en 1989.
Oncle Claude est d'ailleurs décédé subitement, à leur grand émoi, en visitant un monument avec Papa et Maman en 1990.





vendredi 27 avril 2012

1918 - Un incroyable projet : un faux Paris pour sauver le vrai des bombardements.

Dans ses souvenirs de 1918 (publication sur le blog en octobre 2010) notre grand-père André Lesort racontait comment la région parisienne, à la fin de la première guerre mondiale, avait été particulièrement meurtrie, le jour, par les tirs des canons à longue portée installés à 120 km de Paris et, la nuit, par des bombardements aériens.
Notre grand-père faisait bien ressortir le sentiment de peur et d'impuissance de la population surtout pour les bombardements aériens de nuit qu'on peut imaginer assez effrayants.
C'était d'ailleurs bien le but recherché par l'Allemagne, dans une situation économique et sociale très difficile, qui inventait ainsi la guerre totale en touchant durement la population civile pour qu'elle pousse le gouvernement français à négocier.
Dans ce contexte, le gouvernement français, soucieux de protéger Paris contre ces raids aériens meurtriers et destructeurs, a réellement planifié à cette époque la construction d'un "double" de Paris.
D'où le plan incroyable de créer une ville  factice dont les traits, la géométrie et les édifices ressembleraient à s’y méprendre à ceux de la capitale pour leurrer les bombardiers Gotha allemands venus bombarder la capitale.
Si l’idée  prête aujourd’hui à sourire, il en était tout autrement à une époque où les pilotes ne se repéraient qu'à la boussole et à l’œil avant de larguer leurs bombes sur leur cible .

Des expériences seront d'abord menées sur le champs de Mars où du troisième étage de la tour Eiffel, les officiers pourront constater que grâce à des procédés lumineux, on peut recréer usines et gares de façon assez convaincante pour que les pilotes allemands y croient.
Cette fausse ville devait reproduire certains éléments marquants du paysage parisien : une boucle de la Seine, la place de l’Étoile et celle de l'Opéra, les grands boulevards, les rues plantées de lampadaires électriques, les usines et leurs cheminées. Certaines cibles que les aviateurs auraient cherché à repérer, comme les gares, devaient également être reproduites, leur position correspondant à s’y méprendre à leur véritable situation parisienne. 
Situé au nord-ouest de la capitale, entre Cergy  et Maisons-Laffitte , ce faux Paris, dont le plan figure ci-dessous, n’aurait valu son existence qu’à un but et un seul, celui d'attirer les attaques aériennes des bombardiers allemands et donc de protéger le vrai Paris, plus au sud. 
 

L'ensemble du projet représenté sur la carte ci-dessous comprenait outre un faux Paris (B2), un faux Saint-Denis industriel jusqu'à la gare de l'Est (A2) près de Villepinte et une fausse zone industrielle (C) autour de Vaires.Sur la carte le vrai Paris et le vrai Saint-Denis sont respectivement repérés B et A.
 
Si le faux Paris lui-même n’a jamais vu le jour, il a pourtant dépassé le simple stade de la planification. 
Une petite partie du projet avait en effet déjà été réalisée près de Villepinte à la signature de l’armistice et comprenait une fausse gare de l'Est en bois, des toiles peintes et des lampes à acétylène pour figurer les trains et de fausses usines avec des fourneaux recrachant de la fumée pour compléter l'illusion ...
L'article du "The Illustrated London News", publié le 6 novembre 1920 et dont sont extraites les précédentes cartes, montre sur la photo ci-dessous le champ de toiles et de baraquements alignés, encore en place deux ans après l'armistice, supposé constituer aux yeux de l’ennemi, une représentation aérienne de la Gare de l’Est et de ses trains de voyageurs.

 
Le faux Paris aurait-il été efficace en cas d'attaque nocturne de grande ampleur?
La fin de la guerre survint heureusement avant qu'on ait pu réellement le mesurer.

Médaille de bronze de la famille française décernée à notre grand-mère Lesort le 10 novembre 1920

Nous avons retrouvé dans nos archives familiales une attestation et une médaille décernée à notre grand-mère Elizabeth Lesort.

L'attestation





Vu, entre autres, le "conseil supérieur de la natalité", le président Millerand et le ministre de l'Hygiène, de l'Assistance et de la Prévoyance Sociale décernent en 1920 la médaille de bronze de la Famille Française  à notre grand-mère Jeanne (Elizabeth) Lesort, sur une attestation à l'imagerie extrêmement édifiante, toute une époque ...  ( pour agrandir cliquer sur l'image )


La médaille
                

mercredi 28 mars 2012

Souvenirs de Jules Lorin, notaire à Neuville aux Bois ( 1795-1877 )




La Pichardière


Ces souvenirs nous sont parvenus par une descendante de Jules Lorin, habitant Orléans, qui les trouvant amusants pour ceux de la Pichardière, les a donné à une fille de Geneviève Zeller-Madelin, tante Françoise Chrétien.
Notre cousine Catherine Chenu nous en livre certains extraits, pour notre plus grand plaisir, avec les annotations nécessaires à une meilleure compréhension.
Le père de Jules Lorin, Pierre Lorin, était le notaire et ami par qui les parents d'Adélaïde Aucante, épouse Bonnet, avaient acquis la Pichardière.
Le portrait ci-dessous d'Adélaïde Aucante est un tableau en possession d'Hélène Gout, fille de Germain Madelin et petite-fille de Jules Madelin.
Nous possédons dans nos archives l'original de l'acte de vente de la Pichardière daté du 12 ventôse de l'an 10 ( 3 Mars 1802 ), nous en avons reproduit la couverture en fin d'article.



Adelaïde Aucante à 20 ans

Extraits des souvenirs de Jules Lorin:
Arrivé à la fin de ma longue carrière, j'entreprends d'écrire mes mémoires. Je suis né à Neuville-aux-Bois le 14 Novembre 1795. Mon père, Pierre Lorin (né en 1750) y exerçait depuis 10 ans les fonctions de notaire et jouissait dans son pays d'une telle considération qu'il fut nommé membre du Directoire du Département du Loiret.
………
Mon enfance fut maladive et la faiblesse de ma constitution m'obligeait à rester une partie de la journée couché sur le tapis ou sur un canapé, mais ma mère m'avait inspiré le goût de la lecture et je n'étais jamais sans un livre à la main. Quand je fus assez grand pour accompagner ma mère dans les soirées qu'elle passait chaque jour à la Pichardière chez monsieur Aucante ancien juge au tribunal de 1ère instance de la Seine , beau-père de M° Bonnet avocat à Paris , mon premier soin était de courir à la bibliothèque de Monsieur Aucante , puis je m'établissais auprès de la table de jeu de ma mère où je restais tranquillement jusqu'à l'instant de nous retirer . Je dois à ces habitudes de mon enfance cet amour de la lecture qui me suivra jusqu'au tombeau.
……
Ma mère sincèrement royaliste détestait le gouvernement impérial et m'avait inculqué ses opinions.
…….
Dans les premiers mois de 1814 nous entendîmes à Neuville souvent gronder le canon à une grande distance. Il suffisait pour cela de sortir dans la campagne et d'appliquer l'oreille contre terre.
A la fin de mars les nouvelles alarmantes se répandirent tout à coup dans Neuville. On disait que la ville de Pithiviers occupée par un corps d'armée de cosaques avait été livrée au pillage pendant deux heures. Le fait n'était que trop vrai !
Dans la nuit qui suivit le sac de Pithiviers nous fûmes à Neuville dans la plus grande anxiété. Heureusement pour nous le général ennemi reçut l'ordre de quitter Pithiviers pour se diriger vers Paris.

Le 7 Avril nous apprîmes à Neuville l'abdication de l'empereur et la restauration des Bourbons sur le trône de France, ce qui fut accueilli avec le plus grand bonheur par ma mère qui n'avait jamais cessé d'être royaliste au fond du cœur .Mais la grande majorité des habitants
de Neuville se montra hostile au nouvel ordre des choses.
………..
La débandade de l'armée française après les événements de Paris encombra Neuville d'une foule de soldats qu'il fallut loger et nourrir. Le typhus ne tarda pas à se déclarer.
……….
A la fin d'Août 1814 Madame la Duchesse d' Angoulème (1) traversa le canton de Neuville se rendant de Fontainebleau à Orléans. Un orfèvre de mon pays nommé Ratel et moi eûmes l'idée de lui servir de gardes du corps. En conséquence, affublés d'un chapeau retroussé d'une plume blanche, armés chacun d'un grand sabre de cavalerie nous allâmes attendre à Toury le passage, sabre au poing et au galop de nos chevaux jusqu'à l'Hôtel de la Préfecture d' Orléans Notre costume avait quelque chose de ridicule dont seuls nous ne nous apercevions pas.
…………
Ce fut dans l'automne 1814 que commencèrent ces charmantes soirées de la Pichardière que j'ai rappelées dans un feuilleton que publia la " Revue Orléannaise "
Nous étions jeunes alors. D'affaires publiques on ne s'intéressait guère, de la politique encore moins. Une gaieté franche, bruyante, expansive animèrent nos réunions quotidiennes Par une belle soirée on s'assemblait pour jouer aux barres, aux " petits paquets " aux "quatre coins " , à la cachette, et souvent les ombres de la nuit surprenaient plus d'un couple dans quelque recoin obscur du jardin ou de la maison sans qu'on songeât à mal ou qu'on y entendit malice .
Au salon , le soir à la lumière , nous jouions à " colin-maillard " , à " la silhouette " , " la mer agitée " , les " charades en action " , le "furet du bois-joli " , les " synonymes " , les " gages touchés " et cette multitude de petits jeux que le ridicule tua plus tard en les qualifiant d' "innocents " remplissaient nos soirées qui variaient : le 21 , la loterie , l'as qui court , et cette macédoine de jeux de cartes oubliés de nos jours .
On se quittait rarement sans danser quelques rondes chantées à tour de rôle et dont le refrain se répétait en chœur.
Les rondes, je dois l'avouer, ne brillaient ni par l'esprit ni par l'à-propos. Quelques-unes même étaient singulièrement placées dans la bouche de jeunes personnes, telles que celle-ci :
L'autre jour en cueillant de l'oseille
Je rencontrai un berger
Qui m'a dit tout bas à l'oreille
J'voudrais bien vous embrasser..etc ..
Mais on faisait peu attention aux paroles comme elles finissaient presque toutes par sautez, dansez, embrassez qui vous voudrez, on sautait, on dansait et on s'embrassait de tout cœur .
Après les rondes obligées venait le " rond de rachat " avec ses figures nombreuses et si variées, la gigue, l'anglaise, le carillon de Dunkerque qui mettait tout le monde en train, mais surtout la Boulangère qu'on ne manquait de demander quand elle commence, ainsi que nous le disait alors Eugène Scribe (2) qui s'en souvient depuis dans son vaudeville " l’Ecarté " .
C'était un grand jour que celui où la maitresse de maison Madame Aucante consentait à appeler dans son salon les ménétriers de Neuville ; c'était souvent une surprise qu'elle ménageait à ses invités et jamais les préludes harmonieux – Strauss , Mozart ou Beethoven – ne nous causèrent autant de véritable plaisir que les sons criards d'un mauvais violon de campagne … On s'inquiétait peu de la musique , encore moins des rafraîchissements , dont la bière , l'eau sucrée et quelques gâteaux faisaient tous les frais .
Ce que l'on cherchait avant tout c'était de bien s'amuser et on y parvenait toujours !
Parfois mes grands- parents électrisés par l'exemple se mêlaient à nos bals improvisés et nous conservaient la tradition du menuet, de la gavotte, le pas de Zéphir , les ailes de pigeon , jetés battus , entrechats et de ces " pas de dame " qui après la Révolution avaient brillé sous le directoire , le Consulat et l'Empire et ont vu s'ensevelir jusqu'à leur nom dans un éternel oubli
…….
De temps en temps s'organisaient de délicieuses parties de campagne, soit pour une assemblée voisine, soit pour aller manger lait et tartine dans quelque ferme, ou une promenade en forêt d'Orléans.
Une ou deux charrettes couvertes d'un simple drap, quelques ânes conduisaient à peu de frais notre bande joyeuse, sous la surveillance de nos mères.
Des volailles froides, le pâté domestique, le vin du cru, quelques tasses de lait suffisaient à contenter tous les appétits avec de modestes bottes de paille qui nous servaient de siège.
Dans les soirées souvent on nous obligeait à réciter une pièce de vers, à déclamer de mémoire une ou deux scènes de nos meilleures tragédies, à inventer quelque histoire drolatique.
Je me rappelle avoir entendu à la Pichardière Eugène Scribe alors âgé de 19 ans et le fils aîné de M° Bonnet nous faisant pouffer de rire pendant une heure en improvisant les charges les plus comiques du monde …
Ils créèrent parmi nous un ordre de chevalerie appelé " les Carreaux bleus "
( Passage rayé par M .Lorin, mais déchiffré quand même " :
Vers cette même époque, je tombai amoureux de Mademoiselle Victoire (3) honnête fille de M° Bonnet avocat, mais d'un amour tellement platonique que durant les années de ma passion pour elle je ne lui en soufflais jamais le moindre mot !
Je me souviens entre autres choses qu'en jouant un jour à la cachette je me trouvais enfermé pendant une heure entière avec Victorine dans un grenier sur une botte de paille où il ne me vint même pas à l'idée de profiter de notre isolement pour hasarder une déclaration ou même me permettre le moindre geste inconvenant .
Dans le temps qui court (4) mettez donc un jeune homme de 19 ans avec une jeune fille de 18 et vous verrez ce qui en résultera !!
…….
Après la rentrée des Bourbons à Paris … etc ….je ne tardai pas à me lasser de ces saturnales et je retournai à Neuville en Août. Un régiment bavarois venait d' y arriver pour y tenir garnison. Le colonel, Mr de Béranger, d'origine française, s'était installé chez mon père. Plusieurs de ses officiers logeaient à la Pichardière . Ils étaient traités non en ennemis mais comme des libérateurs.
L'année 1816 à Neuville fut tristement remarquable par les pluies qui ne cessèrent de tomber pendant tout le temps de la moisson. Je me rappelle encore la place de Neuville couverte de gerbes de blé qu'on y faisait sécher.
La récolte fut déplorable aussi en 1817 ; le prix du pain s'éleva tellement que des émeutes eurent lieu dans l'arrondissement. Le gouvernement institua pour les réprimer une cour " prévôtale " dont le président Mr de l'Epinay eut " l'impudence " de se faire suivre par la guillotine dans les contrées qu'il parcourut. Plusieurs exécutions à mort eurent lieu à cette occasion.
Ce furent dans la même année que commencèrent les fameuses missions qui excitèrent si bien la verve railleuse de Béranger. A Neuville elles se passèrent paisiblement. Aucune des excentricités dont Orléans fut témoin alors que la Cour Royale en robes rouges escortait une énorme croix de bois d'un poids tel qu'il fallut 50 hommes pour la porter.

Notes
(1) La duchesse d'Angoulême (1778-1851) fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette et femme du duc d'Angoulème , fils de Charles X .

(2) Eugène Scribe (1791-1861) , grand inventeur d'effets comiques et de coups de théâtre , auteur dramatique de plus de 350 pièces ainsi que de livrets d'opéras et d'opéras comiques .
Ses grands parents Louis Nolleau (1713-1798) et Catherine Denoux (1730-1795), qui sont aussi nos ancêtres, ont eu 4 enfants dont : 
- Victorine Nolleau (1755-1832) a épousé Jacques Aucante avec 1 seul enfant Adélaïde (1776-1863)
-  Adélaïde Nolleau ( ? – 1807) a épousé  Jean-François Scribe avec 3 enfants dont Eugène (1791-1861).
 Eugène Scribe était donc le cousin germain d'Adélaïde Aucante ce qui explique sa présence aux soirées de la Pichardière et il avait à peu près l'âge de Jules Bonnet(1795-1875) fils de sa cousine et de Louis-Ferdinand Bonnet.
Nous consacrerons prochainement un article à ce cousin extrêmement célèbre en son temps. 

(3) Victorine Bonnet ou Victoire (1798-1852) devenue Mme Denormandie , ancêtre des O'Neil et des de Sinçay . Ses descendants possédaient encore il y a peu de temps le château de Sommeville , origine de la famille Bonnet , dans l'Yonne .

(4) Ce récit a été écrit en 1870

L'acte de vente de la Pichardière aux Aucante
Pour agrandir, cliquer sur l'acte de vente