André LESORT et Elisabeth LESORT née MADELIN vers 1930

André LESORT et Elisabeth LESORT née MADELIN vers 1930
André LESORT et Elisabeth LESORT née MADELIN vers 1930

Bienvenue

Bienvenue sur notre blog familial Lesort-Madelin ouvert le 24 février 2010, jour anniversaire du mariage de nos grand-parents Lesort-Madelin en 1906.
Ce blog a été créé pour permettre la publication des archives familiales patiemment rassemblées et classées par notre grand-père André Lesort lui même puis par notre oncle Paul-André Lesort.
Nous publions régulièrement sur ce blog des extraits de ces archives qui nous paraissent intéressants, significatifs, cocasses ou émouvants.
Ce blog sert également de lien dans la durée entre les plus de 430 cousins et neveux que nous sommes, il permet donc de suivre l'actualité familiale dont vous voudrez bien nous faire part ou de partager votre connaissance de notre histoire familiale :
envoyez nous vos avis, faire-parts, photos, documents, histoires familiales à l'adresse lesortmadelin@gmail.com; nous en publions régulièrement sur ce blog.
Ce blog étant d'accès publique nous sommes toujours heureux de recevoir également toutes les contributions documentaires extérieures concernant notre famille ainsi que d'apporter nous-mêmes notre propre contribution à d'autres sites ou publications.Même adresse mail: lesortmadelin@gmail.com

Les nombreux articles parus sur notre blog, près de 200, sont en cours de publication sous forme de livres intitulés Famille Lesort-Madelin La Saga dont le tome III est en préparation.




vendredi 25 septembre 2015

On l'appelait tante Moineau.






La photo de Moineau devant nous, c’est celle de notre maman telle que nous l’avons connue lorsque nous étions enfants. Nous voudrions vous la faire partager.
Elle y est jeune, belle, et heureuse
On l’appelait Moineau, il parait que ce sont ses frères qui l’ont surnommée ainsi quand elle était petite parce qu’elle passait son temps à grimper aux arbres ; c’est devenu son nom usuel pour ses amis, puis son mari, nos proches et nos amis à nous, nos enfants et petits-enfants…, et beaucoup de gens ne la connaissent que sous ce surnom.

Moineau était une personne libre : C’était une personne pleine d’énergie et de spontanéité: A 90 ans encore, elle « sautait »-selon ses propres termes- dans les bus, sans destination programmée, pour le seul plaisir de l’aventure, et bien audacieux qui aurait voulu l’en empêcher. Elle était sportive –elle nous abandonnait tous les lundis pour ses sacro-saintes parties de tennis avec ses trois acolytes dont sa sœur Anne, c’est elle qui nous a appris le tennis. Sur la plage, nous la voyions filer, à la nage, droit vers l’horizon, parfois au soleil couchant, alors qu’à terre, l’attendait, piétinant, un époux anxieux…

Elle n’aimait pas les normes, elle ne s’intéressait pas à l’argent, pas plus qu’au confort – le raccordement au gaz c’était non, la machine à laver on peut bien s'en passer, changer la vieille cuisinière devenue dangereuse cela peut attendre, etc… Elle était joueuse, elle préférait d’ailleurs encore plus contourner les règles que les pratiquer: aux cartes, ça l’amusait beaucoup plus et ça faisait rire les enfants! Elle aimait bien chaparder des fruits dans les champs… elle n’a pas commis de crimes beaucoup plus graves, peut-être un piètre intérêt pour la chose culinaire qui a marqué quelques mémoires. On n’est pas là vraiment dans le péché...

Ce caractère, elle l’avait beaucoup emprunté à sa mère, Mamita, qui faisait exactement pareil. On ne peut pas parler de Moineau sans parler de Mamita, que nous enfants nous adorions. Elle partageait avec elle la fantaisie et l’horreur des contraintes- si ce n’était pas toujours confortable à vivre pour son entourage, nos amis et nos proches l’aimaient beaucoup pour cela, nous avons reçu plusieurs témoignages ces jours-ci qui nous le rappelaient- ; elle avait un coté insouciant et rebelle, dédaignait ce qui va mal, les médecins et les protocoles, elle semblait inaccessible à la douleur physique, au point qu’elle nous avait habitués à être indestructible… jusqu’à il y a quelques jours.

«Chapeau Moineau », a écrit un ami à l’annonce de son décès, « c’est bien elle, ça, ce dernier pied de nez aux conventions, aux bonnes manières,... Chapeau Moineau, quelle élégance !… »

Son monde, c’étaient les relations « vraies » (son expression favorite) : ses valeurs étaient la sincérité, la générosité, la chaleur humaine. Dans les messages que nous avons reçus ces jours-ci, viennent les mots « gentillesse », « bonne humeur », « courage », « discrétion », « attentive », « souriante », « drôle », « qui nous faisait rêver»… On voudrait rester sur cette dernière expression.

Elle attachait une grande importance à la foi chrétienne ; elle a beaucoup réfléchi et travaillé sur le sens du rapport avec Dieu, beaucoup échangé et partagé avec son mari PA sur le sujet, c’était un des grands sujets qui les réunissait; elle a beaucoup donné dans les mouvements catholiques, le scoutisme, le Secours Catholique, les groupes de réflexion « bible », les groupes œcuméniques, et dans les cours de catéchisme qu’elle donnait à la maison, notamment aux enfants handicapés – cela nous volait un peu de temps au profit d’autres enfants, nous lui en voulions même un peu.

Ses rapports avec son mari P-A sont un champ immensément riche sur lequel nous aurions mille choses à dire, on se contentera de souligner qu’ils comportaient une dimension intellectuelle, alimentée par sa passion de la lecture, fondamentale dans sa vie.

Moineau était ainsi partie inséparable de l’aventure littéraire de PA. Première lectrice de ses romans, c’est elle qui dactylographiait au fur-et-à-mesure ses manuscrits -qu’elle seule pouvait déchiffrer-; elle savait aussi faire entendre ses critiques et commentaires avec un certain doigté. Elle partageait aussi avec intérêt les échanges avec le monde littéraire de PA éditeur, et ne se privait d’ailleurs pas de jugements catégoriques et même souvent passionnels –car Moineau était quelqu’un de passionné et de passionnel.

Et puis, il y a eu les dernières années. Dans sa grande vieillesse, son existence nous est petit à petit devenue moins facilement accessible, empreinte de mystère. Elle a eu la chance de vivre ces dernières années dans la maison Saint-Louis, et il faut dire combien nous avons été touchés par la gentillesse, la délicatesse et le souci d’autrui qui y règnent tant chez les résidents que chez le
personnel : Au nom de Moineau et au nom de ses enfants, merci.

Ces quelques mots ne résument évidemment pas Moineau –cent années de Moineau !... : on a simplement envie de dire : nous t’aimons beaucoup et tu nous manques.

Texte écrit par ses enfants pour les obsèques de tante Moineau et lu à la messe par Christophe Lesort qui nous l'a transmis à destination de tous les cousins.

Christophe nous a également transmis d'autres photos de tante Moineau, nous en publions quelques unes ainsi que la photo de son mariage avec notre oncle Paul-André Lesort (photothèque Chamussy).



Mariage 1938
Catherine Chenu nous a également fait le commentaire suivant sur cette photo : parmi les enfants d'honneur on remarque de gauche à droite Marie-Noëlle Dhavernas Chantal Bidault, Jean-Michel Dhavernas, Vincent Chamussy (?) Pascale Dhavernas (?). plus loin assis sur le fauteuil Henri Chamussy et debout à côté Michel Bidault.

Avec Marc 1948
Vacances à Hauteville 1959


Babyfoot avec Guillaume (fils d'Emmanuelle) 1980




Anniversaire 83 ans 1998

Cartes avec Capucine (fille de Christophe) 2003


Grand-mère à Paris, Grand-père à Rennes garde les enfants ...



Catherine Chenu nous a retranscrit un amusant et touchant courrier de notre grand-père Lesort à notre grand-mère alors qu'il a la garde pour quelques jours de ses  filles ainées (heureusement seulement deux à l'époque) et où l'on voit un archiviste-paléographe distingué du genre plutôt intellectuel gérer du mieux qu'il peut la petite enfance et les problèmes domestiques ...


Rennes , ce 5 juin 1910

Ma petite Bobeth chérie,
Nous voici donc arrivés au troisième soir depuis ton départ : la journée s'est bien passée, grâce à ta bonne lettre, que j'ai déjà lue trois fois et que je relirai sans doute une quatrième avant de m'endormir. je vais te raconter les petits événements du jour, en suivant l'ordre : je commence même par la soirée d'hier, qui a été marquée par une violente colère de notre Gertrude, alors que les bonnes étaient montées. Cela a duré trois grands quarts d'heure , au bout desquels j'ai constaté que la paillasse avait été mal égalisée et que notre petite bonne femme avait les pieds plus hauts que la tête ; pour remettre les choses en état j'ai assis Gertrude par terre ,sur la descente de lit , ce qui a paru l'humilier profondément , puis je lui ai administré le fond du flacon d'eau de fleur d'oranger , soit trois petites cuillerées , après quoi elle s'est endormie de tout son cœur qui était encore soulevé par de gros sanglots . Ce matin, quand je me suis levé à 6 heures, j'ai eu beau évité de faire le moindre bruit, le petit bout s'est éveillé. Chantal avait très bien dormi, mais, à 9h ½ elle était si complètement trempée que j'ai renoncé à lui faire prendre ses précautions.
Ce matin donc, après avoir lu un ouvrage d'archéologie jusqu'à 8h moins cinq, je suis allé à la messe des hommes ….
………..
A mon retour j'ai un peu bêtisé avec nos filles ; les bonnes me paraissent gentilles pour elles mais les pauvres petites m'entourent visiblement plus qu'à l'ordinaire ; Chantal, en particulier, se montre très affectueuse. Elle parle beaucoup de toi, se réjouit de la venue de tante Lucie, et s'est tordue comme une folle d'un bon rire perlé, quand je lui ai dit que tu faisais tes amitiés à " le n'ours " ce qui n'a pas été perdu.
Je l'ai installée dans mon bureau avec le ménage de tante Tournaire , et je l'y ai même laissée quand je suis sorti pour aller au Palais chercher un document dont j'ai besoin demain aux archives , acheter les Débats et les gâteaux ; à mon retour j'ai trouvé Chantal jouant à la salle à manger avec Gertrude , mais le ménage avait été remis en place sur la table , de l'ordre .
Le déjeuner chez les Jordan a été un peu mouvementé ; on avait mis Chantal à table et tout avait d'abord bien marché ; mais tous les enfants l'ont bientôt regardée, avec l'air ironique que tu leur connais , et la pauvre Chantal s'est précipitée la tête sur mes genoux en sanglotant ; il n'y a pas eu moyen de la faire revenir à une meilleure position , et il a fallu que Mme J. la conduisit à la cuisine , où elle a déjeuné avec les bonnes ; au dessert , Marthe est allée la chercher et elle a consenti à partager le dessert commun . Elle est allée ensuite faire la procession au jardin, où on l'a affublée d'un tablier à Marthe et d'un grand chapeau de paille. A 2 h ½ tout le monde est parti pour la promenade et pour la procession ; j'ai voulu garder Chantal mais Mme J. a tellement insisté que je l'ai laissée. Il parait qu'avec Babeth il n'y a jamais de difficultés, et que les qualités éminentes de cette bonne sont une occasion de difficultés à la campagne, où les enfants des autres ménages lâchent leur bonne pour rester auprès de Babeth qui en fait merveille. Chantal est encore invitée pour demain : c'est un abonnement.
Je suis resté à bavarder jusqu'à 3 heures avec Mr et Mme J. : conversation très cléricale, sur les séminaires, l'abbé Daliry , le recrutement du clergé , les autos épiscopales etc … après quoi je suis revenu faire 1 heure ½ d'archéologie à la maison , et je suis parti pour voir la procession , d'abord en face de l'Hôtel-Dieu ……
…………..
Au retour, j'ai trouvé Marie gardant Gertrude, laquelle venait de se salir affreusement, pour la seconde fois de la journée ( je lui avais donné ce matin une cuillérée de sirop de pommes de reinette ) ; elle a encore pris un œuf à 2 heures . Elle a été de très bonne humeur toute la journée, mais elle est un peu criarde pendant qu'Albertine la déshabille, car elle ne veut pas se coucher. Chantal dine très gaîment, et parait ravie d'avoir son petit gâteau : " C'est gentil à vous d'y avoir pensé " m'a-t-elle dit.
Ce qui est encore plus gentil, c'est l'attention de ta maman d'inviter mes parents ce soir ; je me réjouis beaucoup pour eux de cette réunion, mais je frémis un peu …; j'ai écrit vendredi à père, en lui demandant de te ménager sur ce chapitre.
Dans le récit de ta course au Bon Marché, tu ne parles pas de ta guimpe : tu n'iras pas, je pense, demain au mariage de Sophie avec ton corsage blanc qui commence à être bien défraichi et qui se découd sur certains points..Si tu n'as pas acheté d'épingles à chapeau, choisis-les plus belles que tu n'avais décidé, presque à 4 ou 5 f la paire : si cela te faisait plaisir, ce serait la petite surprise que je te donnerais pour tes 55 ans, à moins que tu ne préfères un pantalon.
Les petites sont couchées ; tout s'est bien passé. Gertrude ne voulait pas se laisser mettre au lit mais la vue du sirop Delebarre l'a tout à fait décidée.
Je te quitte, pour me mettre à table puis écrire un mot à oncle Félix. Je t'embrasse aussi fort que je peux le faire sans te rien casser, mais tu sais que ma tendresse profonde et chaude peut se passer de ces manifestations violentes. Distribue autour de toi les sentiments que tu sais. Ton André

Ci-dessous les protagonistes :

Grand-père, Gertrude, Grand-mère et Chantal Lesort vers 1909-1910

Photo de fin 1909 ou début 1910
André Lesort ; Gertrude ; Chantal ; Elisabeth Lesort
Ajoutée à la lettre en 2011 par C.Chenu-Chamussy