André LESORT et Elisabeth LESORT née MADELIN vers 1930

André LESORT et Elisabeth LESORT née MADELIN vers 1930
Elisabeth née MADELIN et André LESORT en 1930 et 1934 ; leurs neuf enfants en 1929 devant La Pichardière ; avec leurs petits-enfants, noces d'or en 1956.

Bienvenue

Bienvenue sur notre blog familial Lesort-Madelin ouvert le 24 février 2010, jour anniversaire du mariage de nos grand-parents Lesort-Madelin en 1906.
Ce blog a été créé pour permettre la publication des archives familiales patiemment rassemblées et classées par notre grand-père André Lesort lui même puis par notre oncle Paul-André Lesort.
Nous publions régulièrement sur ce blog des extraits de ces archives qui nous paraissent intéressants, significatifs, cocasses ou émouvants.
Ce blog sert également de lien dans la durée entre les plus de 430 cousins et neveux que nous sommes, il permet donc de suivre l'actualité familiale dont vous voudrez bien nous faire part ou de partager votre connaissance de notre histoire familiale :
envoyez nous vos avis, faire-parts, photos, documents, histoires familiales à l'adresse lesortmadelin@gmail.com ; nous en publions régulièrement sur ce blog.
Ce blog étant d'accès publique nous sommes toujours heureux de recevoir également toutes les contributions documentaires extérieures concernant notre famille ainsi que d'apporter nous-mêmes notre propre contribution à d'autres sites ou publications. Même adresse mail: lesortmadelin@gmail.com

Les nombreux articles parus ou encore à paraître sur notre blog, près de 300 au total, sont publiés au fur et à mesure sous forme de livres intitulés Famille Lesort-Madelin La Saga dont le tome VI est paru en novembre 2020, les tomes VII et VIII paraîtront eux respectivement en 2021 et 2022.



vendredi 24 septembre 2021

Petites chroniques de la rue du Hazard ou la genèse d’une fratrie formidable. Première partie


Le 19 (autrefois 11 quater) rue du Hazard

Ces petites chroniques de la rue du Hazard, écrites par Chantal Lesort entre 1927 et 1931 ont beaucoup plus d'intérêt que de simples souvenirs car c’est la restitution sans fard, au jour le jour, de son vécu au sein de la nombreuse famille Lesort plutôt entassée dans son étroite maison de la rue du Hazard à Versailles.

Grâce à Catherine Chenu, qui a assuré sélection et transcription au sein des deux premières années de ces chroniques, nous vivrons comme si nous y étions, le quotidien de cette famille à la langue bien pendue avec ses joies, ses peines, ses repas animés, ses disputes, ses problèmes d’argent, ses nombreuses activités, etc.
Et puis on retrouve avec affection notre tante Chantal avec toute sa franchise, sa lucidité, son dévouement, son courage, l’amour des siens, là où elle a forgé ce caractère de maîtresse femme que nous avons tous admiré.
Merci à Catherine de nous permettre ainsi de mieux comprendre la genèse de cette fratrie formidable qu’ont formé nos parents…

Ces petites chroniques ont été divisées en trois parties. Pour lire la première partie, cliquer sur :
Petites chroniques de la rue du Hazard. Première partie
Chantal et Thérèse

1957. André Lesort, 80 ans, en périlleuse randonnée.


La famille de Xavier Lesort en 1957 pour la fête des mères.
A la fin des années 60 nous habitions Boulogne-sur-mer où notre père, Xavier Lesort, travaillait comme secrétaire général d’une grande entreprise de pêche et de conserveries, les Pêcheries Delpierre.
Nous habitions une grosse maison sur les hauteurs de la ville ce qui permettait d’accueillir facilement nos visiteurs dans cette contrée septentrionale.
Une année où nos grands-parents étaient venus nous voir, il fallait trouver des occupations à nos invités après les habituelles visites aux monuments et curiosités locales (le château de Godefroy de Bouillon, les remparts, la basilique, la colonne Napoléon, etc…).
Pour notre grand-mère, pas de problème : détentrice d’innombrable nouvelles, anecdotes ou souvenirs provenant de la vaste famille Madelin-Bonnet, de toute sa propre famille ainsi que de toutes ses nombreuses amies et relations, il suffisait d’une oreille complaisante comme celle que maman savait lui prêter avec toute la bonne volonté et l’attention nécessaire.
Pour notre grand-père par contre, nettement moins porté à ce genre de distraction et à défaut de vieilles pierres ou de passionnants vestiges à ausculter, une bonne marche, dont il avait toujours été grand amateur, s’imposait. 
Aussi, un après-midi où papa était à son bureau, maman nous demanda à mon frère aîné et à moi -nous avions une douzaine d’années- d’emmener notre grand-père faire une grande promenade avec toutefois moult recommandations compte tenu de ses 80 ans.
A l’époque, passionné par les poissons exotiques, j’avais un aquarium dont je m’occupais avec le plus grand soin, en particuliers pour la nourriture de mes petits pensionnaires multicolores.
Pour qu’ils restent bien vifs et bien colorés, il fallait leur apporter régulièrement de la nourriture vivante que je devais acheter fort cher, dans une animalerie, avec mes maigres économies.
Aussi ayant découvert auparavant dans la campagne, je suppose avec les louveteaux, un petit ruisseau où abondaient des crevettes d’eau douce, tout à fait recommandables à cet usage, je cherchais toutes les occasions pour y aller pêcher.
Le seul inconvénient était que c’était plutôt loin de la maison, aussi pour raccourcir le trajet, fallait-il couper à travers bois et champs avec juste quelques petites difficultés, sans doute négligeables pour des enfants, comme de passer sous des clôtures en barbelés, de traverser des taillis ou des ronciers et ô suprême aventure de traverser une rivière assez profonde, en équilibre sur un tronc d’arbre abattu.
Je crains que nous ayons quelque peu omis de le préciser à nos parents, ce n’était en effet pour nous que de légers détails, quand fut fixé le but par ailleurs tout à fait honorable de la balade.

Celle-ci s’est d’ailleurs très bien passée même si la traversée de rivière, en équilibre sur le tronc, fut quelque peu périlleuse : l’un devant, l’autre derrière, nous tenions chacun une main de notre grand-père muni, il faut le dire, de chaussures de ville aux semelles en cuir glissantes à souhait.
Notre grand-père qui avait survécu aux bombardements allemands de 1918, à ceux des anglo-américains en 1944, aux écroulements possibles des monuments en péril ainsi qu’à quelques autres dangers domestiques, s’en sortit tout à fait honorablement, son costume habituel également.
A notre retour à la maison, notre grand-père fourbu mais radieux, enchanté de cette sortie pleine d’imprévus pour lui, multiplia les compliments à notre égard auprès de maman épanouie : notre endurance, notre sens de l’orientation, l’assistance sans faille que nous lui avions apporté, notre ingéniosité pour capturer les crevettes avec des épuisettes en vieux bas, etc…

Toutefois le récit également enthousiaste, par notre grand-père, des traversées de taillis, de ronciers ou de barbelés firent nettement bonne impression, quand au numéro d’équilibriste sur le tronc d’arbre il provoqua l’effarement rétrospectif de nos parents.
La geste familiale en garda longtemps le souvenir, pas du tout exagéré bien sûr, inscrit au chapitre des diverses fois où notre grand-père avait risqué sa vie !

François Lesort



André Lesort dans sa tenue habituelle ville-mer-campagne, ici sur la plage d’Ambleteuse en 1955 avec Sabine Lesort.

vendredi 25 juin 2021

Enfance et jeunesse d’Amédée Madelin


Jules Madelin, le fils de Jean-Baptiste Madelin a transmis à sa descendance plus de mille lettres, bien classées, et souvent annotées. Grâce à elles et à Jean-Pierre Berthier qui les a décryptées, nous pouvons suivre l’enfance et la jeunesse d'Amédée Madelin, notre arrière-grand père au sein de cette famille nancéienne. 

Pour lire ce récit cliquer sur :

Enfance et jeunesse d’Amédée Madelin



1941. Retrouvailles familiales en zone nono.


1941. Les Bosquets à Aix en Provence. Xavier Lesort, Léon Chamussy, Marie-Geneviève Dhavernas, Chantal Chamussy.

Un moment de notre histoire familiale reconstituée à partir d'une photo des albums de la famille Chamussy. Que faisaient-ils tous là en cette difficile période de guerre ?
Pour lire le résultat de cette petite enquête familiale cliquer sur :

vendredi 28 mai 2021

Les fonds Lesort à Versailles


André Lesort (Copyright Bibliothèque Municipale de Versailles)


Les très nombreux documents, notes de recherches et d’analyse, brochures etc… accumulés par notre grand-père André Lesort tout au long d’une vie passionnément consacrée à son métier d’archiviste, ont été légués après sa mort aux archives départementales de Seine et Oise où il avait travaillé et à la bibliothèque municipale de Versailles.

Souhaitant mieux connaître cette appréciable contribution de notre grand-père, nous avons effectué des recherches à ce sujet dont nous vous communiquons les résultats en cliquant sur  :
 

 les fonds Lesort à Versailles


Bibliothéque Municipale de Versailles


1943. La Pichardière réquisitionnée par les troupes allemandes.





En 1943, la Pichardière, devenue la propriété de Jules Madelin (frère aîné d’Elisabeth Lesort après le décès de sa mère Marie Madelin fut réquisitionnée et occupée par l’armée allemande du 20 octobre au 31 décembre 1943.

Vous pouvez en suivre les péripéties racontées par Jules Madelin en cliquant sur :



 Jules Madelin vers 1940



vendredi 30 avril 2021

Visites à Marie Madelin, très âgée, rue Antoine Roucher par Gonzague Lesort

“L’Hotel Madelin” 1, rue A. Roucher à gauche, Notre Dame d’Auteuil en arrière plan

Arriverais-je à exprimer les sensations, les impressions, les images, les idées, la portée que certains mots ou expressions entendus, puis retenus dans le flot des paroles qui accompagnèrent mon enfance, ont fait naître puis travailler dans mon cerveau d'enfant ? Ces mots en eux-mêmes incompris, mais imbriqués et imprimés dans la construction de ma connaissance, introduits presque subrepticement dans mon alchimie intellectuelle, restent intégrés à des visages, des odeurs, des maisons, des rues, participant tantôt à l'émotion ressentie, tantôt à la fatigue subie, à l'angoisse, la crainte ou l'incertitude que ce monde des adultes m'imposait comme le songe s'impose au dormeur. 

Dans le courant de l'année, ma grand-mère habitait "1-rue-Antoine-Roucher-à-Auteuil", (à prononcer dans le même souffle). C'était l'un des pôles de l'existence, connu et angoissant, imposé et inexpliqué : "Tiens-toi droit ... Dis bonjour à Grand-mère..." "As tu de bonnes notes? " Question qui appelait un long et pénible silence... "Comme tu as grandi!"... Odeur un peu aigre de poussière et de feu de bois. Froid, ameublement surchargé, photos jaunies, pendules, souvenirs, bibelots plus ou moins ébréchés, tramways qui passent au loin, ennui long et résigné, cloches de Notre-Dame d'Auteuil ..." où nous nous sommes mariés"... tantes et oncles distants et menaçants comme des icebergs. "Allez dire bonjour à Rachelle", la cuisinière dont l'antre était au sous-sol. 


Depuis son veuvage en Janvier 1906, ma grand-mère [ci-contre] vivait dans cette ancienne, solennelle, et trop grande maison, seule avec sa fille Noémie, vieille-fille impotente. Elles étaient installées en permanence de chaque côté de la cheminée du salon, le thème du feu qui brûle ou qui ne brûle pas, qui fume ou qui ne fume pas, des pincettes ou de la pelle à cendres était l'un des sujets les plus fréquents de leur conversation, bien qu'elles parlassent peu, récitant souvent leur chapelet. Le respect déférent qu'appelait ma grand-mère était toutefois si grand que, dés qu'elle ouvrait la bouche pour dire quelques mots de sa voix chevrotante, chacun se taisait immédiatement. Tante Noémie parlait plus, elle était tout-à-fait Madelin. Elles lisaient beaucoup, "La Croix", "L'Echo de Paris", "La Revue des Deux-Mondes” étaient leur nourriture intellectuelle quotidienne, ainsi que les livres du frère Louis... "de l'Académie", et aussi les romans d'Henry Bordeaux ou de Paul Bourget. 

Noémie était rancie et autoritaire, ce qui conduisait parfois à des échanges de piques certes un peu émoussées, entre elle et sa "chère Maman". Et comment en-aurait-il été autrement après des décennies de face-à-face entre ces deux femmes âgées, impotentes et autoritaires. Cela me gênait d'ailleurs et me chiffonnait encore plus quand ma mère était impliquée dans ces petits litiges, car "Bobeth" et sa (relativement) plus jeune sœur Lucie étaient encore aux yeux de la famille Madelin "les petites". Ce que ma mère acceptait avec bonhomie, peut être même amusement en pensant à sa déjà nombreuses progéniture, mais, comme elle n'avait pas sa langue dans sa poche, elle répondait , avec humour, à sa vieille grande-sœur, mais pas à sa mère - elle n'y aurait jamais pensé et ne l'aurait pas osé - qu'elle adorait autant qu'elle la respectait ; et pas seulement parce que c'était sa mère, ou parce qu'il y avait des choses qui ne se concevaient pas autrement qu'elles étaient alors. 


A cet "Hotel Madelin" - qui fut par la suite donné à la Paroisse, rasé par celle-ci et dont le terrain, vendu, est occupé de modernes immeubles et d'un nouveau presbytère - nous devions nous rendre régulièrement, le plus souvent pour une visite d'après-midi, parfois pour un repas au Nouvel An ou à Pâques. J'en ai des souvenirs glacés, malgré le feu qui crépitait dans la vaste cheminée de la salle-à-manger, qui n'était séparée du salon que par une cloison pliante. Il y avait aussi, oh! Mystère!, dans un coin, un volet à guillotine qui cachait le monte-plat fonctionnant sur corde et poulie. Son maniement était Bayreuthien, par le lourd grondement de sa machinerie, par ce volet montant et descendant, par la fumée et les fumets qui en sortaient, par les conversations à forte voix qui se faisaient à travers ce sombre puits, conduisant à des profondeurs oniriques. 

Nous y allions le plus souvent le jeudi, alors jour de congé, ou le dimanche. Le rituel était immuable ; train à la gare Rive-Gauche, descente à Pont-Mirabeau, après avoir vu défiler les "Fleurs Truffaut", le long tunnel de Meudon, "Café Sanka", "Peintures Ripolin", "Lampes Mazda" et usines Citroën, puis traversée du Pont Mirabeau, au long duquel ma mère, pâle et le regard fixé à l'autre rive, me serrait fortement le bras, car ce pont lui donnait le vertige . 

Puis c'était la rue Antoine Roucher (nom d'un poète guillotiné en même temps qu'André Chénier). Le retour se passait de la même façon… encore heureux si tante Noëmie ne nous avait pas confié un paquet maladroitement ficelé que nous avions pour mission de jeter à la Seine sans être vus. Quel mystère! Je ne l'ai d'ailleurs jamais éclairci car, ayant un jour interrogé ma mère sur le contenu de celui-ci, elle me répondit "des bouteilles d'encre vides et des objets religieux ", ce qui rendit encore plus angoissant ce que j'assimilais à un transport macabre. Mais il me fallait bien accomplir ce geste puisque ma mère ne pouvait s'approcher du parapet sans être bouleversée. Je ressens encore sous mes pieds le tremblement du pont quand, pendant l'accomplissement de cette mission, un tramway et sa remorque franchissaient le fleuve. Puis nous descendions attendre sur le quai de la gare un train qui arrivait toujours bondé. Comme il faisait alors nuit, je m'amusais à voir depuis la voie en viaduc qui, d'Issy à Meudon domine longuement toute l'agglomération parisienne, les lumières innombrables et colorées qui s'allumaient et s'éteignaient sans cesse. Je l'ai compris plus tard, c'était le défilé des bâtiments qui successivement occultaient puis découvraient ces étoiles, bâtiments bien sûr invisibles dans l'obscurité parcourue par le train. A la descente de celui-ci nous donnions à l'employé de service le reste du ticket "Aller et retour/Versailles Pont Mirabeau/2ème Classe/Familles nombreuses". Puis à moitié endormi, nous pietonnions au long de la rue Royale, de la rue d'Anjou et de la rue Saint-Médéric, jusqu'à la rue du Hazard, à la lumière, si l'on peut dire, des becs de gaz censés éclairer cet ennuyeux cheminement. 

Gonzague Lesort en 1934 (13 ans) assis à gauche.

Séjours à la Pichardière dans les années 20 et 30.



C'est avec la verve et l'humour propres aux Madelin que Germaine Berthier née Madelin, fille de Jules Madelin, le frère aîné de notre grand-mère Lesort, nous raconte les séjours toujours enchanteurs à la Pichardière dans les années 1920-1930. 
Pour lire le récit cliquer sur :


Séjours à la Pichardière dans les années 20 et 30.


Mexique. Etat de Veracruz. Marie Chamussy-Rodiguez nous donne les dernières nouvelles de son association AUGE



Pour lire la lettre illustrée de notre cousine Marie sur les activités de son association AUGE au Mexique cliquez sur :     AUGE

vendredi 26 mars 2021

Deux familles doublement proches, nos ancêtres neuvillois les Desnoyers et les Ducloux


Paul Tournaire, fils de Cécile Tournaire, née Desnoyers (1827-1916) et petit-fils de Madame François de Sales Desnoyers, née Cécile Ducloux, parle d'une façon assez amusante, dans ses mémoires, des familles dont nous descendons les Desnoyers et les Ducloux, toutes deux originaires de Neuville aux Bois .

Pour lire le récit cliquer sur :

Caroline Desnoyers née Aucante
Cécile Desnoyers née Ducloux et sa fille Eugénie
  

Comme votre grand-mère nous a fait rire pendant la guerre !


L'humour de notre grand-mère Elisabeth Lesort est resté légendaire dans notre famille et chez ses relations, ce que nombreux cousins peuvent attester pour l'avoir constaté. 
Notre cousine Anne Kervella n'y déroge pas avec quelques exemples bien choisis :
Quand j’étais petite, je savais déjà que notre grand-mère Elisabeth Lesort était une one-woman-show célèbre, et toutes ses contemporaines me répétaient : «Comme votre grand-mère nous a fait rire pendant la guerre !» – assertion dont le paradoxe ferait un bon titre de spectacle.
Image associée



L’humour de « Bobeth » se manifestait particulièrement lors des interminables files d’attente devant les commerces d’alimentation, qui se formaient plusieurs heures avant l’ouverture et s’achevaient en fatigue et déception. Ainsi un matin, l’épicier sort sur le pas de la porte et annonce : «Je n’ai plus de denrées que pour les familles qui ont des cartes J3 (adolescents)». Du coup, Grand-Mère devance une pauvre dame qui éclate en imprécations, et l’accuse de faire partie de ces moins que rien qui couchent pour profiter des avantages en nature… Devant le tombereau de grossièretés qui s’abat sur la tête de notre aïeule, le flic du coin s’interpose et menace la virago de l’emmener au poste. Grand-Mère pose la main sur le bras de Pandore et laisse tomber à haute et intelligible voix : «Laissez, mon ami, vous voyez bien que ce sont là propos de femme stérile…

Notre grand-mère Elisabeth Lesort avait l’art des reparties humoristiques, et animait parfois la conversation dans les longues files d’attente pour échanger tickets contre nourriture durant l’occupation. Une fois, une vieille demoiselle aussi pieuse que célibataire ayant évoqué sa vision du Paradis comme un lieu de délices où les élus «pourront processionner éternellement à la suite de l’Agneau divin», grand-mère lui répondit : «C’est ça, et pendant ce temps-là les mères de familles nombreuses, commodément assises dans de confortables fauteuils, vous regarderont passer», provoquant les fous rires discrets des autres dames de la queue.

Germaine Berthier-Madelin avait également la même opinion à son sujet :

Nous avions aussi de jeunes tantes, tante Bobeth (Madame LESORT) et tante Lucie (Madame QUILLlARD). Toutes deux étaient très gaies et spirituelles.
Les réparties de tante Bobeth étaient connues. Pendant la guerre de 1940, à Versailles, on s'arrangeait peur être avec elle dans les queues insipides de ravitaillement qui duraient parfois plusieurs heures, il y avait des «cartes de priorité» pour les mères de famille nombreuse. Cela leur permettait de passer un peu plus vite que les autres. A un Monsieur qui lui disait : «Vous ne pouvez pas attendre comme tout le monde» tante Bobeth qui avait neuf enfants, avait répondu: «J'ai attendu neuf fois neuf mois. Et vous ?» 

Notre grand-mère n’était pas seulement imaginative et originale, elle avait du panache et du courage. Après la mort de notre grand-mère, pour la première fois de sa vie, elle s’est retrouvée toute seule. Les Kervella étaient géographiquement ses plus proches, et nous voisinions le plus possible, mais cela lui laissait tout de même de longues heures pour affronter le deuil et la solitude. Au bout de quelques jours, elle nous a déclaré : «J’ai décidé de ne pas me coucher le soir sans avoir vu trois choses drôles dans ma journée. Ainsi, aujourd’hui…» Et chaque fois que nous nous rencontrions, elle commençait avec entrain : «Ah ! Que je vous raconte ! Mes trois choses drôles !» Or elle avait un tel sens du comique de situation, de la brève de comptoir, de l’absurdité ordinaire, qu’elle nous faisait mourir de rire avec des scènes qui auraient échappé à n’importe qui…

L'Ecole des Chartes a 200 ans

L'Ecole des Chartes, chère à notre grand-père André Lesort et aussi à notre cousine Brigitte Sibertin-Blanc, a deux cent ans ; à cette occasion la Poste émet un timbre commémoratif. (Article transmis par Catherine Chenu).

Nous avons déjà publié sur notre blog, en décembre 2013, un article, à propos de notre grand-père et de l'Ecole des Chartes,  intitulé : André Lesort, diplômé archiviste paléographe de l'Ecole des Chartes

vendredi 26 février 2021

Mariage de nos grands-parents Lesort : De la grande utilité des relations mondaines pour se marier dans les années 1900.


La Société des Lettres, Sciences et Art de Bar-le Duc, en visite à Toul. André Lesort, deuxième à gauche

Notre grand-mère, Elisabeth Lesort nous raconte dans ses souvenirs comment des relations, que ses parents et elle, avaient très bien connus quand ils y habitaient Bar-le-Duc, avaient plus tard également connu et apprécié André Lesort, nommé aux Archives de la Meuse à Bar-le Duc.
En particulier une certaine Madame Renauld et un certain Monsieur Baudot dont elle parle ainsi  dans "Jeunesse d'André Lesort" et qui furent à l'origine de leur rencontre :
"Le ménage le plus aimable et le plus hospitalier de la ville était celui de l'avoué Monsieur Renauld. Cette maison était hospitalière et généreuse, les Renauld étaient très riches (sans enfant) et leurs réceptions étaient très goûtées à Bar. Je n’y ai jamais participé, j’étais trop jeune pour «sortir» quand mes parents ont été habiter Paris. 
Je me réjouissais de mes 17 ans prochains, Madame Renauld comprenait dans ses invitations les jeunes filles dès leurs 17 ans, et j’ai eu cet âge important à Paris. J’avais vu souvent mes parents et mes sœurs aînées partir en grandes toilettes pour les dîners Renauld… Mais Madame Renauld prouva son affection d’une façon plus bienfaisante…
...
Le jeune archiviste plaisait beaucoup aux Renauld. L’avoué, très intelligent, cultivé, artiste, avait grand plaisir à rencontrer le jeune érudit, surtout à la Société des Lettres, Sciences et Arts, qu’ils fréquentaient ensemble. 
Madame Renauld était sensible à son excellente éducation et à sa façon si simple et si discrète dont il pratiquait ses devoirs catholiques.
...
Il [A. Lesort] voyait beaucoup un brave ménage barisien, Monsieur et Madame Baudot et leur mère, une vieille dame très intelligente et cultivée. Les dames étaient les plus honnêtes et les plus vertueuses et aimables de Bar.
André aimait beaucoup Monsieur Baudot, et comme tout Bar, admirait Madame Baudot.
...
C’est en rentrant de la messe de l’Assomption [15/08/1905], qu’André trouva dans son courrier une lettre du fameux Jules Baudot, lui disant qu’une dame de Bar (pourquoi ne disait-il pas Madame Renauld ?) avait trouvé que l’une des demoiselles Madelin, fille de l’ancien magistrat serait pour lui une femme tout indiquée… 
...
L’entreprise ne fut lancée qu’en octobre."

Nous n'avons  retrouvé, dans nos archives familiales, ni le fameux courrier du 15 août, ni certains autres mais nous en avons retrouvé un adressé par Jules Baudot à Amédée Madelin, père d'Elisabeth :

Bar-le-Duc le 28. 8. 1905

Cher Monsieur,
Je reçois votre lettre d'hier et je m'empresse d'en faire part à mon jeune ami [André Lesort]. Il sera très heureux, mais j'imagine, plus troublé mille fois que s'il devait comparaître devant toutes les Facultés et Académies réunies.
Nous avons conféré avec la bonne Madame Renauld et nous pensons qu'une rencontre dans un musée (le Musée Carnavalet, par exemple, voire celui de Chantilly) serait ce qui conviendrait le mieux.
Si votre fils Louis vous accompagnait, l'abord de confrère à  confrère serait très facile. Si vous choisissez Chantilly, le retour ensemble donnerait plus le temps de se connaître, de s'apprécier.
Mais c'est à vous, cher Monsieur, et à Madame Madelin, de fixer le lieu, le jour et l'heure. Bien certainement Mr L., qui est à Paris en ce moment, souscrira à votre choix que je lui ferais connaître immédiatement.
Veuillez, je vous prie présenter mes hommages les plus respectueux à Madame Madelin et recevoir l'assurance de mes sentiments les plus affectueux et tous dévoués.

                                                                                                             J. Baudot
Le prénom de Mr L. est André.

Aux origines de la rencontre, Bar-le Duc ...
Nous avons déjà raconté la suite (saga tome 3 p. 208) où après une première rencontre peu concluante, Monsieur Baudot avait insisté pour en organiser une deuxième et Louis Madelin avait alors envoyé à André Lesort son télégramme pneumatique que nous avons qualifié de la “dernière chance”.
A ce rendez-vous au Pavillon Royal du Bois de Boulogne, André Lesort retrouve Elisabeth Madelin accompagnée de son père Amédée. Celui-ci met en confiance le jeune prétendant : il ose enfin lever les yeux sur son éventuelle promise et là… Alléluia ! elle croise enfin son regard et ses beaux yeux bleus…

Les fiançailles.
Les fiançailles ont lieu le 19 novembre, jour de la Sainte Elisabeth.

Illustrations par Elisabeth Madelin du menu du repas de fiançailles, du toast porté à cette occasion par son frère Jules Madelin et d’une ballade composée par son cousin Paul Xardel pour les fiancés.

Le mariage.
La date du mariage est fixée au 28 janvier 1906 et tout est prêt pour le célébrer y compris le petit appartement à Rennes, retenu par le futur époux. Mais juste après qu’eut été choisi le satin de la robe de mariée, Amédée Madelin meurt le 10 janvier d’une pneumonie après quelques jours de maladie. Les fêtes prévues sont donc supprimées et le mariage est célébré dans l’intimité, le 24 février 1906 (nous ne possédons aucune photo du mariage).
Puis, comme dans les contes, suivront neuf enfants qui tous firent d’heureux mariages, quelque soit la façon dont ils aient pu se réaliser, puis 53 petits-enfants viendront combler ces heureux grands-parents.
Février 1956. Noces d’or d’André et Elisabeth Lesort et 35 petits-enfants présents.

Le Général René MADELIN à la terrible bataille du Mont Kemmel en avril 1918




Le général René MADELIN commandant la 28e division d'Infanterie avec ses officiers et l'aumônier, quelques jours avant la terrible bataille du Mont Kemmel.

En avril 1918, la 28e division d'Infanterie commandée par le Général René Madelin [frère de notre grand-mère Elisabeth Lesort] fut désignée pour tenir le mont Kemmel, point culminant des monts de Flandre, à quelques kilomètres au sud d'Ypres, en Belgique. Cette position stratégique se trouvait à la charnière du dispositif allié entre l'armée anglaise fort malmenée depuis plusieurs semaines au nord et l'armée française au sud. L'avant‐dernière offensive de général Lüdendorf visait en premier lieu les monts de Flandre et plus précisément le Kemmel ; le plan allemand consistait à forcer ce verrou afin d'envelopper l'armée anglaise au bord de l'effondrement de qui, débordée, eut été acculée à la mer et à Dunkerque comme cela devait se produire en mai‐juin 1940. Ainsi l'ouverture d'une brèche par laquelle les assaillants se précipiteraient sur les arrières britanniques pouvait‐elle assurer à l'ennemi une victoire décisive. Celle‐ci était à portée de mains et l'empereur GUILLAUME II en personne était arrivé sur les lieux le 20 avril pour soutenir le moral de la IVe armée allemande et assister à une percée victorieuse ; il suivait à la jumelle l'évolution de ses troupes. Quelques jours auparavant ‐ le 14 avril ‐ les chefs de gouvernement avaient conféré à FOCH les pouvoirs de commandant en chef des armées alliées, décision providentielle dans une situation de plus en plus critique depuis le fin mars, surtout pour les Anglais. FOCH, conscient de la gravité de l'enjeu, et informé des puissants moyens mis en oeuvre par l'ennemi dans le secteur des monts de Flandre prit l'initiative de renforcer la résistance anglaise et de colmater le front menacé avec des troupes fraîches. C'est dans ces circonstances que la 28e division d'Infanterie et son chef venant d'Alsace débarquèrent dans la région entre le 14 et le 16 avril ; ils montèrent en ligne dès le 17 et prirent position sur le mont Kemmel en occupant le système de défense médiocre et le réseau de tranchées insuffisant laissés par les Anglais. Entre le 17 et le 25 avril, la division perdit déjà 25 officiers et 1 024 hommes. En interrogeant des prisonniers allemands, le commandement apprit que les Allemands déclencheraient le 25 une attaque massive, avec bombardement par gaz. Ce renseignement permit aux troupes de se préparer et de se protéger tant bien que mal. 

Plus tard, le général MADELIN, parlera toujours avec discrétion de ces événements mais évoquera l'horreur de ces journées au mont Kemmel où il se trouvait avec ses troupes au cœur même de la bataille. 

Toujours est‐il que le 25 avril dans la nuit, à 2 h 30, l'artillerie allemande procéda pendant une heure à un pilonnage préparatoire à l'attaque. Elle fit un usage important d'obus à gaz et battit le terrain avec des projectiles de gros calibres. ‐ 380 ‐ dont les explosions creusaient des entonnoirs de plus de 10 mètres de profondeur. Ce bombardement d'une violence inouïe, plus nourri encore que ceux de Verdun, fit disparaître toute trace de végétation, arbres ou haies et laissa le mont Kemmel totalement chauve.

Puis face à cette division française tout juste remise des combats de Noyon et de Montdidier, ce ne sont pas moins de trois divisions et demi qui montèrent à l'assaut côté allemand.
Pour cette attaque sur les pentes du Kemmel, Ludendorff avait mobilisé des troupes d'élite, l'équivalent bavarois des chasseurs alpins. Habitués aux terrains accidentés, ils se lancèrent à l'assaut du mont dès 6h00 du matin, au milieu des cratères et des décombres laissés par le bombardement du matin. Les combats furent furieux, et se déroulèrent souvent au corps à corps. Mais les soldats français pouvaient difficilement résister à des troupes d'élite plus de trois fois supérieures en nombre et en fin de matinée la division dut décrocher. 

Monument commémoratif
Entre le 17 et le 25 avril elle avait perdu 131 officiers et 5 249 hommes dont 4 000 pour cette seule matinée du 25. C'est dire l'héroïsme de ces soldats et l'acharnement inimaginable qu'ils mirent à lutter pour contenir les assaillants très supérieurs en nombre, avantagés par la préparation d'artillerie et soutenus par une très nombreuse aviation. Au soir du 25 avril, la 28e division, en débris, était objectivement défaite au sens le plus cruel du mot ; le général René Madelin, arrivé le 15 avril à la tête de sa division avec 12 000 hommes en repartit le 26 avec 4 000 hommes valides ! Toutefois cette héroïque défense n'avait pas été vaine : les attaquants décimés par les mitrailleuses françaises avaient subi des pertes énormes, si énormes que LÜDENDORF ne put exploiter son relatif succès et dut stopper son offensive pour acheminer des renforts. FOCH eut le temps de mettre en place de nouveaux effectifs pour remplacer la 28e division et les unités voisines. L'offensive allemande reprit le 28 avril, journée qui s'acheva par une victoire écrasante des troupes françaises, victoire préparée par l'héroïsme de la 28e division. 
Le 29 avril à 23 h.20, le général LÜDENDORF fit envoyer à ses troupes le télégramme suivant : 1 ‐ L'attaque ne sera pas reprise demain 30 avril. 2 ‐ il faut maintenir le front atteint. C'était le constat d'échec définitif de l'avant‐dernière offensive allemande de la grande guerre, connue sous le nom de "bataille de Flandre"


René Madelin terminera la guerre comme général de brigade puis deviendra général de division en 1927 et sera promu au grade de commandeur de la légion d’honneur en 1929. Mais comme toutes les belles histoires, celle-ci ne se termine pas là, car compte tenu de ses brillants états de service, le général René Madelin [ci-contre], après d’autres belles affectations, reçut en 1920 le prestigieux commandement supérieur du secteur fortifié de Savoie et des subdivisions d’Annecy et de Chambéry. Ce secteur constituait une partie de la ligne Maginot et regroupait les fortifications du département ainsi que toutes les unités qui leur étaient affectées dont une forte artillerie.

En 1755, notre ancêtre Balthazard Madelin, alors âgé de 25 ans et en quête d’une vie meilleure, avait tout quitté, sa famille et sa Savoie d’origine, pour rejoindre, sans doute à pied, la Lorraine où il réussira au-delà de toute espérance. Moins de deux siècles plus tard, un des descendants de l’émigré savoyard descendu de ses montagnes, revient «au pays» comme haut commandant militaire de la région et réside à ce titre au magnifique château des Ducs de Savoie à Chambéry ! (ci-dessous en photo). A une réception au château, Bernard Madelin, fils de René, tomba éperdument amoureux de sa future femme Odile Delafon, fille d’officier mais celle-ci ne parut pas, de prime abord, charmée de se voir courtisée par cet officier : on fait par trop d’enfants chez les Madelin...

vendredi 29 janvier 2021

Famille Lesort-Madelin. 9 enfants, 9 mariages heureux : Gonzague Lesort et Maggy Jacquart

Une demoiselle en jupe écossaise qui va tout changer ou la rencontre et le mariage de Gonzague Lesort et Maggy Jacquart.

Pour lire le récit de cette rencontre et de ce mariage par Gonzague Lesort lui-même dans ses souvenirs qui nous ont été confiés par sa famille que nous remercions, cliquer sur : 

Louis-Ferdinand Bonnet au sacre de Charles X

Sacre de Charles X à Reims
En 1825, Adélaïde Aucante écrit à sa mère Marie Nolleau/Aucante pour lui raconter le sacre de Charles X à Reims où s'est rendu son époux Louis-Ferdinand Bonnet ainsi que le retour à Paris du roi.
Pour lire ce récit cliquer sur :